Top BannerPolitique Coronavirus: Les respirateurs fabriqués en urgence en France ne seraient pas adaptés au Covid-19

Une enquête de Radio France explique, ce jeudi 23 avril 2020, qu’une grande partie des appareils produits en urgence par des entreprises en France pourraient être inutilisables pour les malades du coronavirus.
Produits dans l’urgence, les respirateurs artificiels fabriqués par la France sont-ils adaptés aux services de réanimations ? La question se pose après une enquête publiée ce jeudi 23 avril 2020 par le service investigation de Radio France .
Les modèles réalisés par Air Liquide, PSA, Valeo et Schneider Electric pour ventiler les patients atteints du Covid-19 pourraient, en effet, s’avérer inadéquats.
Un modèle moins complexe à assembler choisi
Pour faire face à la crise, Air Liquide, seul fabricant français de respirateurs artificiels, s’attelle à la fabrication de 1 024 appareils d’un modèle appelé T60.
Conçu pour le transport des malades, il peut s’adapter aux besoins d’un service de réanimation. Mais il est complexe à assembler. Au contraire d’un modèle plus basique, l’Osiris 3, qu’Air Liquide propose de produire en plus grand nombre.
L’État suit la recommandation de l’entreprise, qui a décidé de vendre tous ses appareils à prix coûtant (3 000 € pièce), et 8 500 Osiris 3, contre 1 600 T60, sont fabriqués dans un délai record de 50 jours.
Problème, les Osiris 3 sont des respirateurs destinés à gérer l’urgence. Sur son propre site, Air Liquide décrit ce modèle comme un ventilateur de transport léger et simple d’utilisation, note France Info.
Un modèle « pas adapté », selon des médecins
Selon certains médecins interrogés par les journalistes de Radio France, ce ventilateur, ne conviendrait pas pour soigner des malades gravement atteints.
Ce n’est clairement pas, pour être pudique, un respirateur adapté à la prise en charge d’une détresse respiratoire aiguë compliquée, explique Philippe Meyer, médecin réanimateur à l’hôpital Necker à Paris.
Si vous vous en servez pour un syndrome respiratoire aigu, vous avez un risque de tuer le patient au bout de trois jours. Parce que ce n’est pas fait pour ça, déplore même l’anesthésiste réanimateur Yves Rébufat, du CHU de Nantes.
Il serait adaptable selon Air Liquide
Des critiques qui surprennent Air Liquide. Contactée par Radio France, l’entreprise explique que « le NHS (National Health Service, le système de santé britannique) a validé ce modèle pour traiter les patients Covid. On peut l’adapter en réanimation moyennant des procédures que nous donnons aux soignants. »
Le cabinet d’Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances et responsable du projet, rappelle par ailleurs que « se posait la question de produire des respirateurs en un temps record en tenant compte de la disponibilité des pièces critiques ».
Les Osiris devraient cependant, dans un premier temps, servir à autre chose qu’à soigner des patients atteints du Covid-19.
Le gouvernement se défend
Dans un communiqué commun, le ministre de la Santé Olivier Véran, et Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, assurent que l’usage en dernier recours des 8 500 respirateurs d’urgence et de transports, avait été validé par les deux sociétés savantes françaises de réanimation, la société française d’anesthésie et de réanimation (Sfar) et la société de réanimation de langue française (SRLF).
?Les deux membres du gouvernement défendent ?un choix de prudence et de responsabilité, la meilleure solution disponible au moment où le nombre d’admissions en réanimation allait croissant. L’heure n’est pas à la polémique sur les prétendus excès de moyens engagés, tacle le communiqué.