Sar, Collecteur de Hann, Ics : 17 ans après le Joola, d’autres catastrophes guettent

17 ans après le naufrage du Joola, l’homo-senegalensis ne cesse de tenter le diable par des comportements aux antipodes des normes de sécurité publique. D’autres Joola guettent dangereusement.

Le réveil a été cauchemardesque en cette matinée du 26 septembre 2002. Le célèbre paquebot qui assurait la liaison maritime Dakar-Ziguinchor venait de couler au large de l’Atlantique emportant près de 2000 âmes. Il s’agit sans conteste de l’un des naufrages les plus meurtriers de l’histoire, devant celui du Titanic (1500 morts). Rien que le nombre de victimes met clairement à nu la négligence humaine à l’origine de ce drame.

En effet, pour un navire dont la capacité d’embarquement était limitée à 532 passagers et 44 hommes d’équipage, ce bateau qui venait de boucler 12 ans de desserte (lancé en 1990) et qui trainait de réelles défaillances techniques, a été surchargé. Avec près de 2000 voyageurs, le Joola avait largement dépassé sa capacité d’accueil en cette veille de rentrée des classes 2002.

Stations-service et habitations, risque d’embrasement

17 ans après, la leçon ne semble toujours pas bien sue. Comme toujours, le Sénégalais flirte quotidiennement avec le danger. D’autres Joola guettent en permanence. D’abord avec la prolifération des stations-service à Dakar qui concentre ¾ des 650 stations (statistiques de 2016) que compte le pays. La plupart de ces lieux de stockage et de vente d’hydrocarbure ne respectent pas la distance réglementaire de sécurité entre deux stations-service (on voit des fois des stations-service accolées) et entre les habitations et les stations-service qui sont des fois à côtés des maisons.

“Aujourd’hui, personne ne veut cohabiter avec une station-service. Il y a des normes minimales à respecter. On a constaté que certaines stations-service bafouent les normes liées à la distance réglementaire, à la sécurité… Le long d’un axe routier, on peut voir plusieurs stations-service accolées, les unes à côté des autres”, se plaignait le secrétaire permanent du comité national des hydrocarbures, Pape Alassane Dème. Dans ces circonstances, un petit incendie peut embraser tout un quartier.

Collecteur Hann-Fann, 300 mille personnes exposées à l’hydrogène

À côté de ce danger que constitue la proximité entre les stations-service et les habitations, une autre bombe écologique menace 300 mille personnes en pleine ville depuis 2011. Il s’agit du collecteur de l’Onas Hann-Fann qui menace de s’affaisser. Son explosion “serait pire que le Joola”, renseignait le directeur de la protection civile de l’époque (2011), Mar Lô. Ceci, à cause de l’hydrogène sulfuré (H2s) qu’il risque de libérer. Un gaz dont l’inhalation conduit à la mort au bout d’une minute.

Ce n’est que le 10 septembre 2019, suite à l’affaissement d’un pan du collecteur à la rue 14 prolongée des Hlm 4, que les autorités se sont enfin décidées à prendre le problème à bras le corps en procédant à la démolition des maisons construites sur cette conduite vieille de 70 ans.

Des maisons construites sur le pipeline de la Sar à Thiaroye

D’autres populations ont poussé le bouchon beaucoup plus loin en installant leurs maisons sur le pipeline de la Société africaine de raffinage (Sar) qui a pris feu à hauteur de Dalifort la semaine dernière. Dans un entretien, le directeur technique de la Sar fustigeait le non respect par les populations de l’emprise des pipelines.

“Les pipelines sont là depuis 1960, donc bien avant l’installation des populations qui n’ont pas respecté l’emprise, il y a des maisons qui sont entièrement construites sur le pipeline à Thiaroye-sur-mer et il nous faut souvent les casser. Ces maisons nous empêchent de mener des inspections pour voir si le pipeline est dégradé ou pas”, révèle le directeur technique de la Sar. Une simple fuite ou un feu risque d’être fatal à la population établie dans cette partie de la banlieue dakaroise.

Ics Senchim (Thiaroye), 500 tonnes de déchets toxiques inquiètent

De même que les installations de la Sar, celles des Industries chimiques du Sénégal constituent une menace. Car elles-mêmes sous la menace de la dégradation de 500 tonnes de déchets chimiques stockées (depuis 2011) dans des fûts aux Ics Senchim, officiellement fermées depuis 2016. Les conditions de stockage de ces déchets toxiques inquiètent le ministre de l’Environnement, Abdou Karim Sall qui a visité le site. Sa réaction se passe de commentaire.

“Il existe encore des risques, notamment le stockage des produits issus de la production de l’usine et qui sont dans des fûts qui sont là depuis 2011. Nous sommes venus nous enquérir de la situation, pour voir quel est l’avenir de ces déchets qui sont toxiques et qui présentent des risques pour les populations à proximité”, souligne le ministre qui promettait en août dernier que les fûts en question seront reconditionnés et bientôt incinérés. Jusqu’ici aucune action n’est entreprise dans ce sens.

Sococim, centrale à charbon : Bargny suffoque

Coincées entre la cimenterie Sococim et la centrale à charbon, les populations de Bargny étouffent. Exposées depuis des décennies à la pollution de l’air avec la Sococim, la centrale électrique au charbon est venue en rajouter. 350 000 tonnes de charbon sont brûlées chaque année par la centrale qui pompe en même temps 1500 m3 d’eau de mer.

Un observateur de France 24, Mamadou Diouf Pouye alertait en ces termes il y a deux ans : “il n’y aura plus d’air à respirer”. “Nous subissons déjà énormément de pollution avec la cimenterie Sococim. S’ils mettent la centrale, il n’y aura plus d’air à respirer, prévenait-t-il. La population risque de disparaître, les gens vont partir parce qu’ils ne pourront pas supporter cette pollution supplémentaire. Nous souffrons déjà de beaucoup de maladies pulmonaires comme l’asthme ou la tuberculose. Maintenant, s’ils imposent la centrale à charbon, c’est la catastrophe”. Encore que les distances de sécurité prévues par le code de l’environnement pour cette catégorie d’installations ne sont pas